Dézipper la culpabilité!

La culpabilité est un sentiment dont plusieurs ont de la difficulté à se défaire. Heureusement, la psychologie offre des moyens divers pour travailler ce sentiment. Pour ma part, j’aime bien utiliser la question clé de Janice Berger, psychothérapeute ontarienne, pionnière dans la Deep Emotional Processing TherapyTM et auteure du livre Emotinal Fitness : Discovering our Natural Healing Power.

Selon cette auteure, derrière la culpabilité irrationnelle se cache souvent une peur, de la colère, de l’impuissance ou de la tristesse. Pour dépister l’émotion sous-jacente à la culpabilité, elle recommande de se poser la question suivante : « Si ce n’était pas de la culpabilité que je ressentais, quel sentiment ressentirais-je? ». 

J’ai posé la question à mes clientes aux prises avec de la culpabilité. Chaque fois, ou presque, elles parvenaient à trouver l’émotion sous-jacente à ce sentiment. Dans la plupart des cas, elles découvraient une peur. Voici des exemples cliniques tirés de ma pratique.

Mélanie et sa culpabilité d’avoir trop habillé son fils

Un bon matin, Mélanie habilla chaudement son fils qui devait participer à une activité scolaire. Voilà qu’en après-midi, la température se réchauffa plus que prévu. Son fils eut particulièrement chaud dans ses vêtements. Mélanie, en apprenant cela, se sentit très coupable. En thérapie, je lui posai la question clé de Janice Berger. Elle trouva sans difficulté le sentiment sous-jacent : la peur de « passer pour une mauvaise mère ». La culpabilité s’atténua du même coup. 

Carole et sa culpabilité d’avoir dénoncé une situation

Carole, employée d’une compagnie d’assurance, trouvait qu’il manquait d’équité au travail dans la répartition des tâches entre les employés. Elle se retrouvait souvent à devoir en faire plus que les autres. Un jour, elle dénonça la situation auprès de sa patronne. En sortant du bureau de sa patronne, elle se ressentit une culpabilité envahissante. Je l’invitai alors en thérapie à mettre le doigt sur l’émotion cachée en dessous de sa culpabilité : « Si ce n’était pas de la culpabilité que vous ressentiez par rapport à votre geste de dénonciation, quelle émotion ce pourrait être? ». Elle prit conscience que derrière sa culpabilité se cachait une peur viscérale : celle de subir des représailles de la part de ses collègues et d’être rejetée par eux. Du moment où elle prit contact avec cette peur, le sentiment de culpabilité s’estompa. C’est ensuite sur sa peur que nous nous sommes attardés pendant le reste de la séance, et non sur le pseudosentiment de culpabilité. En cours de thérapie, elle établit un lien entre sa peur actuelle d’être rejetée et un événement douloureux du passé : elle avait été ridiculisée et mise à l’écart par ses amies à l’adolescence en raison de ses taches de rousseur. 


Véronique et sa culpabilité de faire garder ses enfants

Véronique, une professionnelle de la santé, était mère deux filles âgées de 3 et 5 ans. Elle se sentait coupable de les faire garder deux jours pour qu’elle puisse suivre une formation à l’extérieur de la région. J’ai demandé à ma cliente de se fermer les yeux. Je lui posai la fameuse question clé. Pour lui donner un coup de pouces, je lui offris des choix de réponse : serait-ce une peur? Une tristesse? Etc. Véronique dézippa rapidement son sentiment de culpabilité. Elle nomme une peur : la peur qu’il arrive quelque chose à ses filles alors qu’elle serait loin de celles-ci. Elle établit ensuite un lien entre sa peur actuelle et un traumatisme passé : les abus sexuels par son beau-père quand elle était enfant. Véronique, aujourd’hui, craignait inconsciemment que ses filles se fassent aussi abuser en son absence comme elle fut abusée quand sa mère s’absentait... À la séance suivante, je travaillai avec la cliente sur le traumatisme de l’abus, et ce, à l’aide de l’IMO (intégration par les mouvements oculaires). La peur actuelle de la cliente en vint à se transformer en vigilance saine. 


Sophie et sa culpabilité de chicaner ses enfants

Sophie se sentait souvent coupable après avoir « chicané » ses enfants. À elle aussi, je lui posai alors la question clé. Elle nomma précisément son véritable sentiment : la peur que ses enfants en viennent en ne plus l’aimer. Autrement dit, Sophie avait peur de perdre l’amour de ses enfants. Lors de la séance, c’est sur cette peur que nous avons travaillé. 


En bref 

Ces exemples cliniques nous montrent comment la culpabilité recouvre d’autres sentiments qu’on gagne à « débusquer » et à traiter. La culpabilité, si elle bien appréhendée, peut nous guider vers le cœur du problème. J’oserais vous convier à accueillir votre sentiment de culpabilité lorsqu’il se présente et à vous poser cette question : « Si ce n’était pas de la culpabilité, quelle émotion est-ce que je ressentirais à la place? ». N’hésitez pas à en parler avec votre psychothérapeute. Bonne exploration!

Référence bibliographique


Berger, J. (2005). Emotional Fitness, Toronto, Penguin Canada.

Stéphane Migneault

Stéphane Migneault est psychologue. Il pratique la psychothérapie en bureau privé à Québec. Désireux de contribuer à la prévention des problèmes de santé psychologique, il anime des conférences et ateliers en entreprises, des colloques et des congrès. Il offre aussi de la formation et de la supervision clinique à des professionnels de la santé mentale (psychologues, travailleurs sociaux, sexologues, psychoéducateurs, etc.). Enfin, il a collaboré à l’écriture de deux ouvrages collectifs : Fibromyalgie, quand tu nous tiens! et Fibromyalgie : carnets pratiques. Vous pouvez le suivre sur Facebook et sur LinkedIn. Comme conférencier et auteur, il est apprécié pour sa simplicité, son professionnalisme et l’utilité de ses conseils.

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