Comment demander et offrir de la reconnaissance – Stéphane Migneault, psychologue

Comment demander et offrir de la reconnaissance

Plusieurs personnes souffrent d’un manque de reconnaissance : travailleurs et travailleuses, conjoints et conjointes, étudiants, etc. Quelles en sont les conséquences? Comment demander de la reconnaissance? Et aussi, comment offrir à autrui une rétroaction susceptible de répondre à ce besoin? Tentons, ensemble, de faire le tour de la question. 

Les conséquences du manque de reconnaissance?

Voici trois exemples de personnes manquant de reconnaissance et les effets de ce manque sur elles. Mathieu est en arrêt de travail depuis quelques mois. Malgré son état de santé, il en fait beaucoup pour l’entretien intérieur de la maison. Il ne sent pas que sa conjointe apprécie ce qu’il fait. Il se sent frustré.

Anne-Marie étudie au doctorat dans une université. Sa directrice a lu la version préliminaire de sa thèse et a souligné les passages à clarifier,  suggéré des modifications et corrigé quelques erreurs de français. Cependant, elle n’a pas souligné les points positifs du document. Résultat : cette étudiante ne sent pas que ses efforts sont reconnus. Elle est triste et découragée.

Éric travaille pour une compagnie aérienne. Son travail consiste à résoudre, à distance, certains problèmes de voyageurs. Il travaille fort, se donne à 100 %, fait son possible pour satisfaire les clients de l’entreprise. Son employeur souligne rarement ce qu’il fait de bien. Résultat : Éric est frustré et déçu. Il a de moins en moins le goût de donner le meilleur de lui-même.

Ces trois personnes présentent un besoin de reconnaissance non satisfait. Comment peuvent-elles obtenir la reconnaissance dont elles ont besoin? Je vous propose une approche inspirée des principes de la communication non violente (CNV) du psychologue états-unien Marshall B. Rosenberg.

Comment demander de la reconnaissance?

La CNV comporte quatre étapes : 1) nommer les faits; 2) exprimer nos sentiments; 3) nommer notre besoin; 4) faire une demande concrète et négociable. Voici comment Mathieu pourrait s’y prendre pour demander de la reconnaissance à sa conjointe. « Je fais beaucoup de tâches pour l’entretien intérieur de la maison : passer l’aspirateur, nettoyer la salle de bain, épousseter, ranger les vêtements et les effets personnels (faits). Je me sens déçu et frustré (sentiments), parce que j’ai besoin d’appréciation (besoin). J’aimerais beaucoup savoir si tu apprécies mes efforts pour garder la maison propre et en ordre (demande concrète et négociable). »

Comment Anne-Marie, l’étudiante au doctorat, pourrait-elle s’adresser à sa directrice : « Vous avez lu et commenté ma thèse. Je suis triste et découragée (sentiment), parce que j’ai besoin de reconnaissance et de confiance en moi (besoins). En fait, je souhaiterais savoir les points de ma thèse vous avez appréciés (demande concrète et négociable). »  

Enfin, voici comment Éric, l’employé de la compagnie aérienne, pourrait s’adresser à sa directrice : « Vous savez, cela fait plus de six mois que je travaille ici et, de mémoire, je ne vous ai pas entendu porter de commentaires au sujet de mon travail (faits). Je me sens frustré et déçu (sentiment), parce que j’ai besoin de feedback (besoin). Seriez-vous d’accord pour qu’on se rencontre 15 minutes bientôt pour discuter de ma prestation de service? J’aimerais savoir les points précis que vous appréciez et aussi les aspects concrets à améliorer (demande concrète et négociable). » Nous venons de voir une façon de demander une rétraction et de la reconnaissance. Maintenant, comment offre-t-on de la reconnaissance à autrui?

Comment offrir de la reconnaissance?

Pour offrir de la reconnaissance, peut-être croyez-vous qu’il suffit de dire à un conjoint qu’il est un « époux formidable », de dire à une étudiante qu’elle est « travaillante » ou de dire à un travailleur qu’il est « l’employé du mois ». Bien sûr, de tels propos feront plus plaisir qu’une insulte ou une claque au visage! Néanmoins, on peut faire mieux. La clé du succès : décrire plutôt que qualifier.

La conjointe de Mathieu, dont nous avons parlé précédemment, pourrait dire ceci : « Tu en fais beaucoup : tu t’occupes du ménage, la maison est propre, en ordre (faits concrets). » Elle pourrait aussi préciser son sentiment devant cela et l’associer à une valeur (ou un besoin): « J’apprécie donc ce que tu fais (sentiment), car c’est important pour moi l’ordre et la propreté (besoin). »

La directrice de thèse pourrait, quant à elle, écrire des commentaires positifs tels que « ton introduction est claire et concise; la section sur les résultats est complète; je trouve tes phrases claires et faciles à lire. Bravo! »

La patronne d’Éric pourrait s’y prendre comme suit : « Éric, tu as réussis à trouver des solutions à plusieurs voyageurs, et ce, en moins de 24 heures. À titre d’exemple… » Elle peut aussi nommer son sentiment et à le relier à une valeur : « Devant cela, je suis vraiment contente (sentiment), car c’est important pour la compagnie la satisfaction de la clientèle (valeur). Merci et bravo! »

En conclusion

La non-satisfaction du besoin de reconnaissance peut avoir des effets divers : frustration, démotivation, déception. Pour satisfaire son besoin de reconnaissance, nous pouvons utiliser l’approche en quatre étapes : 1) nommer les faits; 2) exprimer ses sentiments; 3) nommer son besoin de reconnaissance (ou d’appréciation ou de rétroaction); 4) formuler une demande autant que possible concrète et négociable. On gagne à offrir aux autres des marques de reconnaissance. Ça prend peu de temps. L’approche proposée est simple : 1) décrire les comportements appréciés (faits); 2) exprimer ses sentiments par rapport à ces faits; 3) mettre en lien les sentiments avec une ou des valeurs.

J’espère que cet article vous a été utile. Je ne sais pas ce que vous avez pensé de mon article (faits). Je suis curieux et impatient (sentiment), parce que j’ai besoin de rétroaction (besoin). Je serais heureux d’avoir vos commentaires sur cet article, à savoir les points que vous avez aimés et, s’il y a lieu, vos suggestions pour l’améliorer (demande concrète et négociable).

Stéphane Migneault

Stéphane Migneault est psychologue. Il pratique la psychothérapie en bureau privé à Québec. Désireux de contribuer à la prévention des problèmes de santé psychologique, il anime des conférences et ateliers en entreprises, des colloques et des congrès. Il offre aussi de la formation et de la supervision clinique à des professionnels de la santé mentale (psychologues, travailleurs sociaux, sexologues, psychoéducateurs, etc.). Enfin, il a collaboré à l’écriture de deux ouvrages collectifs : Fibromyalgie, quand tu nous tiens! et Fibromyalgie : carnets pratiques. Vous pouvez le suivre sur Facebook et sur LinkedIn. Comme conférencier et auteur, il est apprécié pour sa simplicité, son professionnalisme et l’utilité de ses conseils.

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