9 peuples en santé: que peuvent-ils nous apprendre?

Vous souhaitez améliorer votre santé physique et mentale? Si oui, lisez ce qui suit! En 1977, deux conseillères en nutrition, Sally DeVore et Thelma White, ont publié un livre percutant, The Appetites of Man, décrivant le régime alimentaire de 9 peuples en santé des quatre coins de la planète : Japonais, Chinois, Marquisiens des îles du Pacific sud, Hunzas de l’Himalaya, Inuits, Amérindiens du Sud de la Californie,  Touaregs du Sahara, etc. On pourrait penser qu’ils adoptaient des régimes alimentaires très différents les uns des autres. Néanmoins, ils partageaient de nombreux points communs; à ce sujet, permettez-moi de vous présenter douze d’entre eux, ce qui alimentera votre réflexion sur l’alimentation! En prime, Eric Simard, docteur en biologie et chercheur dans le domaine du vieillissement, commentera ces points comme collaborateur invité.

1. Pas de boîtes de conserve!

Contrairement à nous, ces sociétés en santé ne consommaient pas d’aliments en conserve. Elles faisaient bien, car l’intérieur de ces boîtes en métal est recouvert d’une fine couche de BPA, une substance chimique pouvant perturber le système endocrinien. 

Pour conserver leurs aliments, ces peuples recouraient plutôt au séchage : une méthode applicable aux des fruits, mais aussi aux viandes, aux poissons et à certains légumes. Comme autres modes de conservation : la congélation (chez les Inuits et Hunzas) et aussi la fermentation des aliments (tous les peuples y recouraient). Enfin, les farines n’étaient pas blanchies pour en faciliter leur conservation; les grains, pour ceux qui en consommaient, étaient généralement fraîchement moulus. 

Commentaire du Dr Simard
Il est connu que tous les peuples ayant une plus grande longévité mangent moins d’aliments transformés. La congélation demeure la méthode à favoriser pour des questions de disponibilité et de contenu nutritif qui est largement préservé. 

2. Pas d’additifs alimentaires

À notre époque, l’industrie alimentaire fabrique et emploie toutes sortes d’additifs : colorants artificiels (ex. : tartrazine), agents de conservation (ex. : acide benzoïque), saveurs artificielles, etc. Qui les ingère? Nous! Les 9 peuples étudiés n’utilisaient pas ces substances issues du génie chimique. Pour la conservation, ils employaient, comme mentionné précédemment, des méthodes comme le séchage, la fermentation ou la congélation.

Les auteures faisaient remarquer que les enfants de ces sociétés étaient calmes, contents et bien élevés. Est-ce que le régime alimentaire y était pour quelque chose? De nombreuses études scientifiques semblent indiquer que l’alimentation pourrait influer sur la santé mentale et le comportement. 

Commentaire du Dr Simard
Plusieurs additifs alimentaires sont soupçonnés d’exacerber l’hyperactivité des enfants. Il est sûr que les agents de conservation réduisent la diversité du microbiote intestinal et, indirectement, peuvent nuire au bon fonctionnement de l'axe intestin-cerveau. L’alimentation jouerait un rôle dans les tendances dépressives et aurait un impact sur nos niveaux d’énergie journaliers. Pour en savoir plus sur cet aspect, consultez la page Web suivante: http://vitoli.ca/lamelioration-de-lalimentation-pour-garder-un-esprit-sain/.

3. Fermenté rime avec santé?

Tous les peuples étudiés consommaient des aliments fermentés. Des exemples? Les Marquisiens faisaient fermenter un fruit (le breadfruit). Les Japonais faisaient fermenter le soya pour en faire du miso. Les Touaregs consommaient un yogourt issu de la fermentation du lait de chamelle. Les Chinois consommaient des légumes fermentés tous les jours.

La fermentation rend les minéraux mieux assimilables et les protéines plus rapidement absorbables. Elle accroît la quantité d’enzymes dans l’aliment. Aussi, la plupart des aliments fermentés fournissent un apport en acide lactique, substance bénéfique à la santé. Les bactéries qu’elles contiennent même peuvent donner un coup de pouce à nos bonnes bactéries intestinales.

De nos jours, les produits fermés sont à la mode : choucroute, kimchi, kéfir, tempeh, kombucha, etcetera! Pour en savoir plus sur les aliments fermentés, lisez Mille milliards d’amies : comprendre et nourrir son microbiome, écrit par la biochimiste Marianne Desautels-Marissal.

Commentaire du Dr Simard
Nous avons plus de bactéries dans notre intestin que de cellules dans notre corps. De penser à ce qui peut améliorer les proportions de bonnes bactéries, sera toujours garant de santé. Produits fermentés, fruits et légumes, les grains entiers et les fibres de façon générale.

4. La germination

La plupart des peuples examinés consommaient des aliments germés. Quels genres? Des légumineuses, des grains ou des graines. La germination modifie, pour le meilleur, la chimie de l’aliment : amélioration de la qualité des protéines, réduction de la quantité de glucides, augmentation de la teneur en certaines vitamines (ex. : vitamines du complexe B), activation d’enzymes, etc. Qu’attendons-nous pour les intégrer dans notre alimentation?

Commentaire du Dr Simard
Outre l’activité bénéfique de la germination, il faut garder à l’idée que dans une graine il y a tout ce qui faut pour produire une nouvelle plante. Ce sont de petits entrepôts de bénéfices concentrés que la germination aide à libérer. 

5. Consommer du cru!

Mangerions-nous trop d’aliments cuits, incluant les aliments en conserve? Les 9 sociétés en santé consommaient une bonne partie de leurs aliments crus. Des exemples? Du poisson et des fruits crus chez les Marquisiens; du poisson et de la viande crue semi-décongelée chez les Inuits; des légumes crus chez les Hunzas; des légumes semi-cuits chez les Japonais et les Chinois; légumes et petits fruits crus chez les Amérindiens du Sud de la Californie. Le yogourt consommé par les Touaregs était fabriqué à partir de lait cru non pasteurisé. À ce sujet, les auteures rappellent que la cuisson du lait affecte, malheureusement, sa valeur nutritive. 

Certains aliments, comme le blanc d’œuf, les légumineuses et certains poissons, nécessitent d’être cuits ou marinés ou fermentés. Pourquoi? Afin de neutraliser une enzyme nuisant à l’assimilation de la vitamine B, explique les auteures. 

Commentaire du Dr Simard
On parle beaucoup des bénéfices santé des polyphénols depuis quelques années. Il s’agit de molécules végétales que l’on trouve dans les légumes et fruits. Le mieux représenté en alimentation humaine, la quercétine, est dégradée à 80 % par 15 minutes de cuisson. Pour en savoir plus sur l’importance de manger des fruits et légumes crus: http://vitoli.ca/limportance-de-manger-des-fruits-et-legumes-crus/.

6. L'allaitement évidemment!

Chez les peuples étudiés, les enfants étaient allaités jusqu’à l’âge de 2 ou 3 ans environ. Les parents commençaient à leur donner des aliments, autre que le lait maternel, vers l’âge de 6 mois.

De nos jours, on reconnaît les effets bénéfiques et préventifs de l’allaitement. Par exemple, les enfants allaités souffriraient moins d’allergies et d’infections respiratoires que les enfants non allaités. L’allaitement favorise aussi le lien mère-enfant. Bref, la réputation de l’allaitement n’est plus à refaire.

Commentaire du Dr Simard
Il s’agit bien sûr d’un très grand nombre de bénéfices. Le premier cadeau à offrir aux nouveau-nés.

7. Manger toutes les parties de l’aliment ou presque!

Les 9 peuples consommaient généralement toutes les parties d’un aliment et non une seule. Ce principe était appliqué dans le cas des grains (entiers), de plusieurs fruits (avec la pelure lorsque comestible) et de la plupart des légumes (racine et feuilles).

Saviez-vous que le germe et le son du blé (absents dans la farine blanche) fournissent vitamines (B et E) et minéraux (potassium, magnésium)? Saviez-vous que les feuilles de betteraves se mangent et qu’elles regorgent de vitamine A, de calcium et de fer? Saviez-vous que la pelure de la pomme de terre est sans contredit la partie la plus nutritive de l’aliment? Bref, on aurait tout intérêt à manger nos aliments entiers. Et qu’en est-il des viandes, volailles et poissons?

Dans les pays industrialisés modernes, on consomme surtout les muscles de l’animal : cuisse, poitrine, jarret. On a tendance à mettre de côté les autres parties de l’animal : foie, cœur, rein, langue, cervelle, cartilage, etc. Les 9 peuples en santé, eux, consommaient ces parties que plusieurs d’entre nous trouvons peu ragoutants!  On sait que les abats fournissent de grandes quantités de vitamines du groupe B, si importantes pour la production d’énergie et le bon fonctionnement du système nerveux. 

Commentaire du Dr Simard
Pour se défendre contre les agressions de son environnement, les plantes produisent des polyphénols. Or ces molécules, bénéfiques pour nous, se trouvent en plus grande concentration dans la pelure. Jeter la pelure, c’est nous priver d’une bonne quantité de polyphénols.  

8. Du poisson au menu!

Le poisson, sans surprise, occupait une place importante dans le régime alimentaire des 9 peuples en santé. Le poisson est beaucoup moins gras que la viande (bœuf, porc). Il fournit des protéines de qualité et des minéraux importants comme le phosphore et l’iode.

De nos jours, on reconnaît de plus en plus l’importance des acides gras oméga-3 contenus dans les poissons gras (saumon, sardine, maquereau, etc.). Rappelons que le poisson sauvage ne contient pas d’agents de conservation, de saveurs artificielles, d’hormones et d’antibiotiques. Le poisson fait-il partie de votre régime alimentaire?

Commentaire du Dr Simard
Des études ont démontré que même la consommation des protéines de poisson, et non pas juste des oméga-3, présente des bénéfices supérieurs aux autres types de protéines pour la gestion du glucose et la prévention du diabète.

9. Des aliments naturels et non raffinés

Comme vous avez pu le déduire, les 9 sociétés en santé ne mangeaient pas d’aliments transformés industriellement. Elles ne consommaient pas non plus d’aliments raffinés comme la farine blanche et le sucre blanc. Les gras hydrogénés ne faisaient pas partie non plus de leur garde-manger. Les nutritionnistes tiennent ce discours : consommer des aliments le moins transformé possible!

Commentaire du Dr Simard
Toutes les populations où on compte beaucoup de centenaires appliquent ce principe mentionné ci-dessus. Chez ces populations, les gens ont jusqu’à 10 fois plus de chance de vivre jusqu’à 100 ans. 

10. Pas de sucre raffiné

​Les auteures faisaient remarquer que les peuples étudiés ne consommaient pas de sucres raffinés. Les sucres provenaient essentiellement du miel en rayon et des fruits consommés entiers, qui contiennent non seulement des sucres, mais aussi des vitamines, des minéraux et des enzymes nécessaires à leur métabolisme.

Commentaire du Dr Simard
Il est aussi important de mentionner que la quantité de sucre consommée était faible. Rappelez-vous que dans les glucides raffinés (pain blanc, sucre blanc, pâtes blanches), tout ce qui est bénéfique (fibres, germes, etc.) a été enlevé.

11. Pas de pesticides!

Les sociétés étudiées n’utilisaient pas de pesticides. Or on sait que ces contaminants peuvent affecter la santé physique, mais aussi mentale; certaines études, par exemple, ont établi un lien entre l’exposition aux pesticides et le risque de présenter un déficit de l’attention et de l’hyperactivité.

Commentaire du Dr Simard
Depuis quelques années maintenant, les hautes autorités de la santé en France considèrent que la relation entre la maladie de Parkinson et le métier d’agriculteur, très exposé aux pesticides, est bien documentée dans la littérature scientifique. Considérez qu’il est important de réduire notre contact avec les produits chimiques en général.

12. Manger local

Les 9 peuples consommaient des aliments se trouvant dans leur région. Pas de nourriture importée. Un principe intéressant à notre époque où plusieurs tentent de manger local, cela pour des raisons de santé, mais aussi économiques, environnementales et sociales. Pour en savoir plus sur le « manger local », visitez le site Internet d’Équiterre: https://equiterre.org/solution/pourquoi-manger-local

Commentaire du Dr Simard
Manger local est aussi une façon de sortir, de visiter nos producteurs locaux et d’essayer des variétés de légumes de saison qui ajoutent aux saveurs habituelles.

Autre points communs: activité physique et faible niveau de stress!

Des facteurs autres que l’alimentation contribuent à la santé. Les auteures faisaient remarquer que ces peuples vivaient peu de stress et étaient actifs physiquement. La nutrition, ça fait partie d’un tout n’est-ce pas?

Commentaire du Dr Simard
Longévité = alimentation, activité physique, gestion du stress et surtout, vie sociale de qualité (tout cela facilité par une attitude positive).

Et depuis la publication de ce livre?

Il est important de garder à l’esprit que le régime alimentaire de ces sociétés a pu, malheureusement, changer depuis les années 70 en raison de divers facteurs : densité de population, industrialisation, sédentarité et accès à l’alimentation rapide, etc. Pour le meilleur ou pour le pire…

Commentaire du Dr Simard
Il est malheureusement connu que la population du Japon mange de plus en plus comme les Nord-Américains. Cela serait responsable d’une forte augmentation de l’incidence de la maladie d’Alzheimer dans ce pays.

En conclusion

En résumé, les 9 peuples présentés consommaient des aliments locaux, naturels, entiers, non raffinés, non transformés par l’industrie agroalimentaire et cultivés sans pesticides. Une bonne portion de leurs aliments étaient consommés crus ou semi-cuits. Ils conservaient les aliments par des méthodes comme le séchage, la fermentation ou la congélation. Les aliments fermentés et les germinations faisaient partie de leur régime alimentaire. Le poisson occupait une place importante. Ces peuples ne mangeaient pas de sucres raffinés. Et les bébés étaient allaités

Ce texte vous a dérangé, inspiré, étonné ou confirmé dans vos habitudes alimentaires? Selon vous, est-il possible d’appliquer un ou plusieurs de ces principes de nos jours? Si oui, comment? Partagez vos commentaires et vos suggestions ci-dessous!

Stéphane Migneault, psychologue, conférencier et auteur 

P.-S. - Ma collègue nutritionniste et moi animons une conférence inédite pour le grand public: JE NOURRIS MON CERVEAU. Pour en savoir plus, cliquez ici

Stéphane Migneault

Stéphane Migneault est psychologue. Il pratique la psychothérapie en bureau privé à Québec. Désireux de contribuer à la prévention des problèmes de santé psychologique, il anime des conférences et ateliers en entreprises, des colloques et des congrès. Il offre aussi de la formation et de la supervision clinique à des professionnels de la santé mentale (psychologues, travailleurs sociaux, sexologues, psychoéducateurs, etc.). Enfin, il a collaboré à l’écriture de deux ouvrages collectifs : Fibromyalgie, quand tu nous tiens! et Fibromyalgie : carnets pratiques. Vous pouvez le suivre sur Facebook et sur LinkedIn. Comme conférencier et auteur, il est apprécié pour sa simplicité, son professionnalisme et l’utilité de ses conseils.

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